J’ai aujourd’hui 41 ans et je suis père de trois enfants. Je travaille comme directeur du centre Niudad – travail avec les pères. Dans différents hôpitaux de Suisse, nous proposons des séances pour les pères au sein des cours de préparation à l’accouchement. J’aurais été heureux d’avoir un tel cours quand je suis devenu père pour la première fois.
Un collègue de travail, déjà père, m’avait raconté à l’époque comment l’accouchement s’était déroulé chez eux. Il m’a expliqué comment, peu après la naissance, il tenait son enfant dans les bras et en était immédiatement tombé amoureux. J’attendais ce moment avec impatience. L’accouchement s’est bien passé, ma femme n’a pas eu de complications, j’ai pu couper le cordon ombilical et prendre mon enfant dans mes bras. Et…. la sensation ne venait pas, j’étais irrité. J’avais beaucoup imaginé comment cela devait se ressentir, que cette sensation devait me boulverser. Heureusement, tout cela a fini par se produire au cours des heures et des jours suivants.
Au début, avec le bébé, beaucoup de choses me sont passées par la tête. Je me souviens avoir pensé que tout était différent, que nous étions désormais responsables de ce petit être aimant. Beaucoup de choses restent floues dans ma mémoire. Mais il y a un moment dont je me souviens très bien. Ce moment où, environ trois jours après notre retour à la maison, nous nous sommes retrouvés tous les trois et que j’ai dû aller en ville pour acheter quelque chose. J’ai pris le tram pour me rendre au centre-ville et j’ai été étonné de voir que tout fonctionnait comme avant. Les transports publics fonctionnaient toujours, les gens allaient travailler, les personnes continuaient à se rencontrer devant la gare… mais personne ne se rendait compte que le monde avait changé – que mon enfant était là.
J’ai compris que je voulais être un père plus présent que de ce que je connaissais de mon enfance. Lorsque notre première fille est née, j’avais 32 ans. J’avais déjà réduit mon temps de travail à 80%, ce qui n’est pas évident pour un poste d’éducateur social. J’avais donc mon jour de congé fixe, mon jour de papa, pendant lequel j’étais seul responsable du bébé.
Lorsque j’ai repris le travail un mois après l’accouchement, cela a été très difficile. Même si je pouvais enfin prendre un café quand je le voulais, faire une petite pause, travailler à mon rythme, je savais que c’était à la maison qu’on avait vraiment besoin de moi.
Alors que le congé de maternité de ma femme touchait à sa fin, mon premier jour seul avec ma fille approchait. Je me réjouissais – vraiment. Mais j’avais aussi très peur. « Prendra-t-elle le biberon deux fois par jour ? Que vais-je faire si je n’ai plus d’énergie ? Est-ce que je vais réussir à la calmer si elle fait une crise de larmes en changeant les couches ? Je ne pouvais ou ne voulais partager ces craintes qu’avec ma femme.
Avec le temps, j’ai appris à apprécier ces journées – elles étaient intenses, exigeantes, mais incroyablement précieuses. Aujourd’hui, je sais qu’il est tout à fait normal de se réjouir ET d’avoir peur. Il est aussi normal et important de parler de ses peurs. Et surtout, de parler des défis de la paternité avec d’autres pères.
Si c’était à refaire, je réduirais davantage mon temps de travail. Le temps du nouveau-né et de la petite-enfance est une phase courte, même si on n’en a pas l’impression pendant celle-ci. Je ne suis pas non plus sûr que nous aurions pu nous le permettre il y a dix ans. Aujourd’hui, nous avons des salaires plus élevés qu’à l’époque. Malgré tout, le temps passé ensemble avec un bébé est unique et n’a pas de prix.
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